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La fronde des champs gronde vers la capitale

par Lionel Feuerstein
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Après une trêve hivernale, la colère des agriculteurs français est repartie de plus belle. Leurs griefs sont doubles : l’accord commercial en négociation entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, perçu comme une menace pour leur souveraineté alimentaire, et la gestion jugée défaillante de l’épidémie de dermatose bovine qui frappe les troupeaux.

Cette colère prend aujourd’hui la route. Un convoi d’une quarantaine d’agriculteurs, issus du syndicat Coordination rurale, a quitté mardi matin le Lot-et-Garonne en direction de Paris. Ils ne sont pas les seuls. D’autres cortèges, partis de Dordogne notamment, ont entamé une lente progression vers la capitale, bravant parfois les interdictions préfectorales qui tentent de réguler la circulation de ces engins agricoles sur les routes nationales.

« Nous n’avons plus le choix. Rien ne bouge dans nos territoires, le gouvernement reste sourd à nos alertes. Il est temps que les choses changent, et nous espérons que notre voix portera davantage à Paris », explique un responsable syndical local, résumant un sentiment d’abandon largement partagé.

Sur le terrain, la mobilisation se structure également par des barrages. De nombreux axes stratégiques sont perturbés à travers l’Hexagone. En Occitanie, plusieurs autoroutes comme l’A64 ou l’A75 sont fermées, tandis qu’un appel au « blocage maximum » de Toulouse a été lancé pour mercredi. Dans le Sud-Est, les accès au sud de Lyon ou près de Nîmes sont filtrés. La Normandie n’est pas épargnée, avec le périphérique de Caen et le port de Cherbourg partiellement bloqués. Partout, l’objectif est le même : rendre visible une détresse qui ne trouve plus d’écho dans les cabinets ministériels.

Cette stratégie de convergence vers Paris marque une évolution. Il y a deux ans, un mouvement similaire visait directement le marché de Rungis, avant d’être stoppé par un important dispositif policier. Les syndicats ont cette fois opté pour une approche plus diffuse et discrète, tirant les leçons du passé. « L’état d’esprit est différent aujourd’hui. Nous voulons avant tout être entendus et parvenir à notre destination », souligne une représentante de la profession agricole.

Alors que la tension monte sur les routes, l’Union européenne a tenté d’apaiser les esprits en annonçant ce mardi une rallonge budgétaire pour la future Politique Agricole Commune (PAC). Une promesse qui semble encore bien lointaine pour des agriculteurs qui estiment leur survie économique menacée ici et maintenant. Le bras de fer entre la terre et les institutions vient de franchir un nouveau cap.

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