accueil SociétéBlocus sur le bitume : la colère sourde des routiers face aux interdictions de circuler

Blocus sur le bitume : la colère sourde des routiers face aux interdictions de circuler

par Lionel Feuerstein
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L’immobilisation forcée des poids lourds dans l’ouest et le nord du pays, en raison d’un épisode de neige et de verglas, cristallise un profond sentiment d’injustice parmi les professionnels de la route. Malgré des conditions parfois jugées acceptables localement, les consignes préfectorales maintiennent des dizaines de chauffeurs à l’arrêt, engendrant frustration et incertitude.

Sur un axe d’Ille-et-Vilaine, une file ininterrompue de camions s’étire sur plusieurs kilomètres, formant un convoi contraint au repos. Les véhicules sont parqués derrière une barrière de plots, sur décision des autorités. « Tout était dégagé ce matin, la circulation était fluide. Et puis, d’un coup, tout s’arrête », témoigne un conducteur d’une cinquantaine d’années, bloqué à une trentaine de kilomètres seulement de son point de livraison.

Si la chaussée apparaît sèche par endroits, la menace de plaques de glace, résiduelles après des chutes de neige récentes, justifie officiellement ces mesures. L’objectif affiché est d’éviter la saturation des réseaux routiers plus au sud, où les intempéries persistent. Mais sur le terrain, l’attente se transforme en épreuve psychologique. « On nous dit de s’arrêter, mais pour combien de temps ? Personne ne nous donne d’horizon », lance un routier en direction de l’Ain, qui cumule les heures d’immobilisation.

L’organisation devient une question de survie quotidienne. Entre séries regardées sur smartphone, appels aux proches et jeux mobiles, chacun tue le temps comme il peut. La proximité d’une aire de service constitue un précieux avantage pour se ravitailler ou se changer. Pour ceux coincés en queue de convoi, la situation est plus critique, avec un accès limité aux commodités de base.

La pression monte à mesure que les heures passent. Certains, excédés par des instructions perçues comme fluctuantes, tentent de reprendre la route au risque de sanctions. « Un collègue a pu passer il y a peu sans encombre et il roule déjà en Mayenne, où l’alerte est terminée. Pourquoi nous sommes-nous toujours ici ? », interroge un jeune chauffeur, sous le regard résigné des forces de l’ordre.

D’autres optent pour une stratégie de prudence, préférant respecter scrupuleusement une pause réglementaire plutôt que de s’engager dans un « jeu du chat et de la souris » avec les contrôles. « Au moins, je suis en règle », explique un transporteur de denrées alimentaires, qui évoque une certaine sérénité malgré le retard accumulé.

Parfois, la solidarité émerge pour adoucir les conditions difficiles. Dans le Val-d’Oise, une initiative conjointe de gendarmes et de commerçants locaux a permis de distribuer des vivres à une trentaine de routiers bloqués sur une autoroute. Un geste qui rappelle, selon un officier sur place, que la mission de sécurité peut aussi passer par l’entraide lorsque des personnes sont confrontées à une épreuve commune, sous le froid et la neige.

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