Sous un soleil timide, le port de Saint-Tropez s’est réveillé dans une atmosphère de recueillement. Ce mardi matin, une foule s’est rassemblée le long des quais, devant les célèbres façades ocre, pour saluer le passage du cortège funèbre de Brigitte Bardot. Le mythe, l’actrice et la militante a rejoint sa dernière demeure au cimetière marin, laissant derrière elle une empreinte indélébile sur la ville et bien au-delà.
Dès les premières lueurs, des admirateurs venus des quatre coins de la France ont bravé la distance et les éléments. Parmi eux, des figures anonymes dont la vie a été touchée par l’icône. « Elle représente la liberté, l’audace », confie une femme venue de Marseille avec ses chiens, évoquant l’engagement indéfectible de Bardot pour la cause animale. Un jeune homme de 21 ans, présent avec ses parents, ajoute : « C’est une légende qui parle à toutes les générations. Son combat dépasse le cinéma. »
Le lent cheminement du corbillard à travers les ruelles a été ponctué d’applaudissements discrets. Sur la place des Lices, sous les platanes, plus d’une centaine de personnes suivaient la cérémonie sur des écrans installés pour l’occasion. L’air résonnait de musiques choisies, de Mireille Mathieu à des mélodies plus classiques, parfois couvertes par les aboiements des nombreux compagnons à quatre pattes venus rendre hommage à leur plus célèbre avocate.
Si l’émotion était palpable, certains parmi les Tropéziens de souche ont exprimé une nuance de regret. Un couple, dont la famille est implantée dans la commune depuis le XIXe siècle, reconnaît le rôle fondamental de Bardot dans la notoriété de Saint-Tropez, tout en pointant du doigt les controverses qui ont entouré certaines de ses prises de position publiques plus tardives. « Le personnage public a parfois éclipsé l’artiste et la militante », observe-t-il, notant une affluence peut-être moins dense qu’attendue pour une figure d’une telle envergure.
L’après-midi a offert un hommage plus festif et ouvert à tous sur l’esplanade du Près des Pêcheurs, face à la Méditerranée. Les accords de guitare de Chico Bouchikhi, cofondateur des Gipsy Kings, ont accompagné les souvenirs partagés par des habitants. La maire, Sylvie Siri, a pris la parole pour remercier la foule avant la diffusion d’un film retraçant la vie de l’artiste. En geste ultime, les portes du cimetière marin se sont exceptionnellement ouvertes, permettant à chacun de se recueillir devant la tombe fleurie, orientée vers l’horizon.
Alors que le soleil déclinait sur le golfe, une évidence semblait s’imposer à tous, résumée par une sexagénaire aux yeux embués : « Elle fait partie de l’âme de cet endroit. Ici, son esprit ne mourra jamais. » Le lien unique entre la femme et ce bout de rivage varois apparaît désormais comme une part immuable du patrimoine, bien au-delà des polémiques, préservant l’image d’une femme libre, muse d’une époque et voix inlassable des sans-voix.