Les flammes qui ont embrasé un établissement de Crans-Montana, emportant plusieurs vies, ont allumé une autre forme de feu, bien plus ancienne, dans la mémoire collective. Pour un groupe de survivants, ces images brûlantes ont été un retour brutal en arrière, un écho glaçant d’une nuit de novembre 1970.
À Saint-Laurent-du-Pont, en Isère, le « 5-7 » était synonyme de fête pour la jeunesse locale. Dans la nuit du 1er novembre, ce qui devait être une soirée se transforma en piège mortel. Un incendie se déclara, se propageant à une vitesse terrifiante dans le bâtiment aux issues insuffisantes. Le bilan fut catastrophique : 146 personnes, âgées de 15 à 25 ans, périrent. La tragédie marqua à jamais le pays, conduisant à un durcissement radical des normes de sécurité dans les lieux recevant du public.
Plus d’un demi-siècle plus tard, la nouvelle d’un incendie meurtrier dans un bar de la station suisse de Crans-Montana a agi comme un déclencheur douloureux. Pour ceux qui ont vécu l’horreur du « 5-7 », les similitudes sont frappantes et insupportables : la rapidité du sinistre, la jeunesse des victimes, le sentiment d’un drame évitable. « C’est la même catastrophe », confie l’un d’eux, la voix empreinte d’une lassitude profonde. Le traumatisme, enfoui sous des décennies de vie, resurgit intact, rappelant que certaines blessures ne guérissent jamais vraiment.
Ces événements distants de 55 ans mais liés par la douleur posent une question récurrente et lancinante : jusqu’à quel point les leçons du passé sont-elles vraiment apprises ? Le drame de 1970 avait entraîné une prise de conscience et une réglementation plus stricte. Pourtant, chaque nouvel incendie dans un lieu de convivialité vient interroger la vigilance des exploitants et le respect des règles conçues pour protéger.
Au-delà du choc et de l’émotion, ces tragédies jumelées par le temps soulignent l’impérieuse nécessité d’une mémoire active. Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de transformer ce souvenir en une exigence de sécurité permanente, pour que les lieux de rassemblement et de joie ne se transforment plus jamais en cercueils.