Cinq jours après l’incendie meurtrier du bar Constellation à Crans-Montana, l’enquête met en lumière une succession de manquements graves en matière de sécurité. Les autorités locales et les gérants de l’établissement semblent partager une responsabilité écrasante dans cette tragédie, révélant des négligences persistantes et des risques sciemment ignorés.
Lors d’une conférence de presse tenue ce 6 janvier, le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a dû concéder des omissions majeures. Il a reconnu que les contrôles de sécurité incendie obligatoires n’avaient tout simplement pas été réalisés sur une période de cinq ans, entre 2020 et 2025. « Nous le regrettons amèrement », a-t-il déclaré, tout en semblant mal à l’aise face aux questions sur l’absence d’alarme et l’utilisation d’objets pyrotechniques dans les sous-sols du bar. Il a ensuite rejeté une partie de la faute sur les exploitants, dénonçant « une culture de risque inconsidérée ».
Des images exclusives, filmées avant la catastrophe, montrent la configuration des lieux. Au fond d’un couloir exigu du sous-sol, une issue de secours, signalée par un discret panneau vert, apparaît. Pourtant, de nombreux survivants affirment que cette porte est restée fermée lors de la panique du réveillon. Le témoignage d’anciens employés est accablant : cette sortie de secours était régulièrement condamnée, notamment, selon un salarié anonyme, « pour éviter que des gens rentrent par là ou même que d’autres risquent de partir sans payer ». Pire encore, cette porte aurait été installée à l’envers, s’ouvrant vers l’intérieur au lieu de l’extérieur, la rendant pratiquement inutilisable en cas d’affolement.
La reconstitution des lieux indique qu’un escalier d’à peine 1,27 mètre de large constituait vraisemblablement la seule voie d’évacuation possible face aux flammes. Les autres portes visibles menaient à des pièces sans issue.
L’enquête révèle également que la mousse pyrotechnique, à l’origine du sinistre, échappait à tout contrôle réglementaire, bien que sa dangerosité soit connue depuis des années. Une vidéo datant de cinq ans montre déjà un serveur exprimant ses craintes quant à un accident potentiel. Me Romain Jordan, avocat représentant les familles des victimes, résume un sentiment d’amertume et de colère : « Le problème a été connu depuis des années. Le risque a été reconnu et il a été accepté. »
De leur côté, le couple de gérants français de l’établissement a fait parvenir un communiqué exprimant son désarroi et affirmant sa pleine coopération avec la justice. Alors que les responsabilités se précisent, cette tragédie soulève des questions brûlantes sur le respect des normes les plus élémentaires de sécurité dans les lieux recevant du public.