Cinq jours après l’incendie meurtrier survenu dans le bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, l’enquête met en lumière une série de manquements graves en matière de sécurité. Les autorités locales et les gérants de l’établissement font face à des responsabilités partagées, révélant un système de prévention défaillant sur plusieurs années.
Lors d’une conférence de presse tenue mardi, le président de la commune, Nicolas Féraud, a reconnu avec amertume que les contrôles périodiques de sécurité incendie n’avaient pas été réalisés entre 2020 et 2025. Visiblement mal à l’aise, il a également indiqué qu’aucune alarme anti-incendie n’était présente et qu’il ignorait l’usage d’objets pyrotechniques dans les sous-sols. Il a pointé du doigt une « culture de risque inconsidérée » de la part des exploitants.
Des images filmées avant la tragédie montrent la configuration des lieux. Au fond d’un étroit couloir du sous-sol, une issue de secours, signalée par un discret panneau vert, apparaît. Pourtant, de nombreux témoins affirment que cette porte est restée fermée lors du sinistre du 31 décembre. Un ancien employé confirme que cette sortie était « condamnée » à l’époque où il travaillait sur place. Un autre salarié, sous couvert d’anonymat, explique que la porte était souvent verrouillée pour empêcher les entrées ou sorties frauduleuses, et qu’elle s’ouvrait vers l’intérieur, contrairement aux normes de sécurité.
La reconstitution des lieux suggère qu’un escalier d’à peine 1,27 mètre de large constituait vraisemblablement la seule voie d’évacuation face aux flammes. D’autres portes menaient uniquement à un bureau et une réserve, sans issue extérieure.
L’élément déclencheur de l’incendie, une mousse pyrotechnique, n’a jamais fait l’objet de contrôles réglementaires, la loi ne l’imposant pas. Pourtant, le danger était connu depuis longtemps. Une vidéo datant de cinq ans montre déjà un serveur exprimant ses craintes quant à un accident potentiel. L’avocat des familles des victimes, Me Romain Jordan, souligne avec émotion : « Le problème était connu depuis des années. Le risque a été reconnu et il a été accepté. C’est cela qui scandalise profondément les familles. »
De leur côté, le couple de gérants français de l’établissement a fait parvenir un communiqué exprimant son désarroi et affirmant sa pleine coopération avec la justice. L’enquête se poursuit pour déterminer l’ensemble des responsabilités dans cette tragédie.