accueil SportLe Trophée des Champions, un match fantôme pour une compétition en exil

Le Trophée des Champions, un match fantôme pour une compétition en exil

par Virginie Pironon
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Ce jeudi, le football français offre un spectacle pour le moins singulier. À plus de 4 000 kilomètres de l’Hexagone, dans le stade Jaber Al-Ahmad du Koweït, le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille s’affrontent pour le Trophée des Champions. Une scène presque surréaliste se prépare : une finale disputée dans une arène largement vide, privée de l’âme et des couleurs de ses supporters les plus fervents.

Les groupes ultras marseillais ont, les premiers, tiré la sonnette d’alarme. Dès décembre, ils ont annoncé leur boycott, jugeant cet événement à l’étranger « pas compatible » avec leur culture. Une position ferme, soutenue publiquement par leur entraîneur Roberto De Zerbi, qui estime que cette supercoupe « doit se jouer dans le pays en question, devant les supporters ». Malgré une proposition du club pour subventionner le déplacement de 150 fans, le voyage n’a pas séduit.

Du côté parisien, silence radio sur un boycott officiel. Le PSG avait pourtant mis sur la table une offre de voyage complète à 800 euros. Mais l’initiative est tombée à plat, le nombre d’inscrits étant jugé trop faible pour confirmer le déplacement. Conséquence : aucune tribune ne sera officiellement garnie des couleurs parisiennes non plus.

Cette édition koweïtienne n’est pas un cas isolé, mais la règle établie depuis 2009. La logique est mercantile : il s’agit « d’internationaliser le football français ». Le Canada, la Tunisie, les États-Unis, le Gabon, la Chine ou encore le Qatar ont déjà accueilli la rencontre. Une stratégie qui suscite un mécontentement profond et croissant dans les travées.

Des voix s’élèvent régulièrement pour dénoncer cette « quête effrénée de nouveaux téléspectateurs », qui se fait, selon elles, au détriment des supporters historiques. En 2022, des groupes nantais avaient boycotté l’édition israélienne, fustigeant une « vision mercantile ». En 2025, des supporters monégasques avaient tenté de déployer des banderoles critiques avant d’être censurés, et avaient observé une grève du silence lors d’un match de championnat.

Les exceptions récentes confirment la règle et ses tensions. L’édition 2020 à Lens s’est jouée à huis clos pour cause de pandémie. Celle de 2023, bien qu’en France au Parc des Princes, avait été critiquée par les supporters toulousains pour son manque de neutralité.

Alors que les joueurs s’apprêtent à évoluer dans une ambiance feutrée, une question persiste : à qui profite réellement ce spectacle ? La compétition, conçue pour célébrer les champions, ressemble de plus en plus à un produit d’exportation déconnecté de sa base, transformant une fête du football français en un événement sans âme, joué loin de son public. Le débat sur l’âme du football face aux impératifs économiques est plus vif que jamais.

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