accueil SociétéUne école lyonnaise transformée en refuge d’urgence pour des dizaines d’enfants sans domicile

Une école lyonnaise transformée en refuge d’urgence pour des dizaines d’enfants sans domicile

par Lionel Feuerstein
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À Lyon, une situation de crise a conduit à la réquisition exceptionnelle d’un établissement scolaire désaffecté pour y loger plus de quatre-vingts enfants et leurs familles, tous sans solution d’hébergement. Cette opération d’envergure, menée par des bénévoles, met en lumière les défaillances criantes du système d’accueil d’urgence.

Dans ce bâtiment encore chauffé, des salles de classe ont été converties en dortoirs et en réfectoire de fortune, accueillant vingt-sept familles. Pour la plupart, ces enfants dormaient depuis parfois deux ans dans les écoles qu’ils fréquentent le jour, une solution de survie devenue leur quotidien.

« Nous avons épuisé toutes les autres options », explique une porte-parole du collectif « Jamais Sans Toit », à l’origine de l’initiative. Ce mouvement, né il y a une décennie dans la région lyonnaise, recense aujourd’hui plus de trois cents enfants sans toit dans l’agglomération. « C’est une action illégale, mais tolérée par les autorités face à l’absence totale d’alternative », précise-t-elle.

Les familles concernées, dont les parents sont souvent demandeurs d’asile ou en situation de migration, avaient bénéficié de quinze nuits d’hôtel financées par la mairie durant les fêtes de fin d’année. Elles se sont ensuite retrouvées orientées vers des gymnases mobilisés dans le cadre du plan Grand Froid, des structures déjà saturées où enfants et adultes sans-abri se côtoient. Une promiscuité jugée inacceptable par de nombreux parents.

« Les gymnases sont pleins à craquer. Ce n’est ni digne, ni adapté pour des familles avec de jeunes enfants », déplore une enseignante bénévole ayant passé la nuit sur place. Elle souligne l’épuisement des parents et des volontaires, qui ne sont « pas des travailleurs sociaux » mais se retrouvent contraints de pallier les carences des pouvoirs publics.

Face à cette situation, la préfecture du Rhône reconnaît une « saturation du système d’urgence », pointant du doigt un blocage des sorties vers des solutions pérennes. Elle indique que près d’un tiers des personnes accueillies le sont depuis plus de cinq ans, malgré un financement annuel de l’État dépassant les cent millions d’euros pour le département.

Ce refuge improvisé dans une école vide illustre un phénomène national grandissant. Selon les dernières estimations, plusieurs milliers d’enfants se retrouvent à la rue avec leurs familles en France, un chiffre en hausse constante ces dernières années. À Lyon comme ailleurs, l’appel à des « solutions dignes et durables » résonne plus fort que jamais, tandis que l’hiver accentue la précarité de ces vies en suspens.

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