accueil Faits diversSolidarité face aux brûlures : des survivants tendent la main après le drame de Crans-Montana

Solidarité face aux brûlures : des survivants tendent la main après le drame de Crans-Montana

par Sylvain Tronchet
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Le processus de reconstruction s’annonce complexe et étendu pour les victimes gravement brûlées lors de l’incendie survenu dans un établissement de Crans-Montana. Face à cette épreuve, des personnes ayant elles-mêmes survécu à de graves brûlures proposent aujourd’hui leur soutien et leur écoute aux blessés et à leurs proches, soulignant l’importance d’un accompagnement sur le long terme.

À des milliers de kilomètres du drame, Natan Fournier a appris la nouvelle avec un décalage. Âgé de 26 ans et ayant subi des brûlures sur une grande partie du corps à l’adolescence, son premier réflexe a été de penser aux victimes. « À l’époque, j’aurais aimé pouvoir échanger avec quelqu’un qui avait vécu la même chose », confie-t-il, évoquant le sentiment d’isolement et la perte de repères qui peuvent suivre un tel traumatisme. Il se dit désormais prêt à apporter son aide, tout en reconnaissant que le dialogue nécessitera du temps, les blessés devant d’abord traverser les phases critiques de soins.

Audrey Coupy, brûlée dans son enfance, partage ce sentiment. Elle a rapidement proposé une adresse de contact aux personnes affectées, insistant sur le rôle crucial du soutien moral. « Recevoir des témoignages de ceux qui s’en sont sortis permet de voir qu’il existe un après, même si le chemin est douloureux », explique-t-elle. Elle met également en lumière le travail essentiel des équipes médicales pour guider les patients et leurs familles à travers les étapes du traitement.

L’expérience de Sébastien Maillard illustre cette résilience possible. Brûlé sur presque la totalité du corps il y a vingt-cinq ans, il a depuis repris une vie active, accomplissant des défis sportifs majeurs. « Dans les couloirs de l’hôpital, je n’aurais jamais imaginé pouvoir refaire ne serait-ce qu’une infime partie de ce que je fais aujourd’hui », témoigne-t-il. Il travaille désormais dans un centre hospitalier et s’est mis à la disposition des familles pour répondre à leurs questions, tout en collaborant avec une association d’aide aux victimes de brûlures.

Les spécialistes rappellent que l’accompagnement doit respecter le rythme de chacun. Laurent Gaudens, président d’une association de soutien, met en garde contre toute démarche intrusive dans l’immédiat post-traumatique. « Il faut laisser aux blessés le temps de sortir de la phase aiguë, de digérer ce qui arrive. L’accompagnement psychologique pour se réapproprier son corps est un processus délicat », précise-t-il. Il conseille également aux familles de se faire accompagner rapidement par des experts juridiques spécialisés dans l’indemnisation des préjudices corporels, un domaine technique où une expertise est cruciale.

Au-delà du soutien moral, une aide concrète se organise. En Belgique, la Fondation des brûlés apporte son assistance aux familles touchées par le drame, notamment pour les frais logistiques et l’hébergement. « Nous essayons avant tout de rassurer et d’écouter, chaque situation étant unique », indique une responsable. Elle note aussi que cet événement réveille souvent un stress post-traumatique chez d’anciens patients, nécessitant une vigilance accrue.

Le sociologue Alexandre Dubuis, lui-même grand brûlé, souligne l’importance de documenter, même de l’extérieur, les périodes critiques comme le coma, pour aider ensuite la personne à reconstituer son histoire à son réveil.

Alors que le chemin de la guérison physique et psychologique sera long, ces initiatives de solidarité visent à rappeler aux victimes et à leurs proches qu’ils ne sont pas seuls. Comme le résume Natan Fournier : « Il ne faut pas perdre espoir. De belles choses peuvent encore arriver. Il faut trouver ce qui nous donne la force d’avancer. »

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