Près d’un an après avoir déposé plainte, une femme dénonce l’immobilisme de la justice. Caroline Darian, âgée de 47 ans, accuse son propre père, Dominique Pelicot, déjà condamné à vingt ans de réclusion criminelle en décembre 2024 pour des viols et agressions sexuelles sur son ex-épouse, de l’avoir également violée.
Dans un récent entretien, elle exprime son amertume et son sentiment d’abandon. « Ma plainte prend la poussière », déclare-t-elle, soulignant que sa démarche judiciaire, initiée en mars, semble n’avoir donné lieu à aucune enquête approfondie. Son avocate, Maître Florence Rault, a interpellé par courrier le parquet de Versailles pour réclamer la réouverture du dossier et la tenue d’auditions. Elle y souligne des éléments troublants, notamment des photographies retrouvées sur les supports informatiques du père, montrant sa fille endormie et partiellement dévêtue, évoquant un « regard incestueux » et un mode opératoire impliquant une sédation.
« Je suis la sacrifiée de cette affaire. Toutes les investigations se sont concentrées sur ce que ma mère avait subi, alors que, dans notre famille, Dominique Pelicot a fait d’autres victimes », affirme Caroline Darian. Elle se dit déterminée à obtenir que la vérité soit établie sur les actes qu’elle aurait subis.
Les relations avec sa mère, Gisèle Pelicot, ont été mises à rude épreuve durant le procès du père. Caroline Darian lui a longtemps reproché de ne pas l’avoir soutenue face aux dénégations paternelles. « Je me suis sentie très seule. Ma mère sait que c’est bien moi sur ces photos, mais c’était très difficile pour elle d’envisager qu’il avait pu aller jusqu’à l’inceste », confie-t-elle. Aujourd’hui, un chemin de réconciliation semble s’être amorcé. « Nous cheminons ensemble. Aujourd’hui, elle comprend ma quête de vérité », explique-t-elle, évoquant une relation mère-fille renouée dont elle se dit « très heureuse ».
Fondatrice d’une association de lutte contre la soumission chimique, Caroline Darian exprime également sa fierté face au parcours de résilience de sa mère, qui publiera prochainement un livre témoignage.
L’affaire dépasse le cadre familial. Dominique Pelicot est également mis en examen dans deux dossiers non élucidés – un meurtre précédé d’un viol datant de 1991 et une tentative de viol avec arme en 1999 – pour lesquels Maître Rault représente également des parties civiles. L’avocate insiste sur la nécessité d’un réexamen global, estimant que l’homme ne reconnaîtra jamais spontanément son implication dans ces faits.
L’attente de Caroline Darian se prolonge, dans l’espoir que les institutions judiciaires donneront suite à sa plainte et mèneront les investigations qu’elle estime indispensables pour faire toute la lumière.