À l’approche des élections municipales de 2026, une plateforme numérique suscite de vives polémiques et des actions en justice. Baptisée « Où va ma France », cette application et son site associé prétendent offrir un panorama détaillé des communes françaises, mais sont accusés par plusieurs élus et associations de propager des contenus haineux et discriminatoires.
La députée écologiste Sabrina Sebaihi a récemment saisi la justice parisienne, invoquant des faits susceptibles de relever de la provocation à la discrimination raciale. Dans sa plainte, l’élue dénonce également ce qu’elle considère comme une manipulation frauduleuse de données. Le ministère de l’Intérieur a confirmé être saisi du dossier, tandis que l’association SOS Racisme a annoncé son intention de déposer une plainte à son tour.
La plateforme, qui rencontre un certain écho dans les cercles d’extrême droite, propose une cartographie communale basée sur une série d’indicateurs contestés. Parmi ceux-ci figure un prétendu « indice d’islamisation », calculé notamment à partir du nombre de prénoms considérés comme d’origine arabo-musulmane et du recensement des lieux de culte musulmans. L’outil agrège également des données sur les centres d’accueil pour migrants et fournit des pourcentages de population par origine géographique.
Pour ses détracteurs, cette collecte et ce traitement d’informations personnelles posent de sérieuses questions juridiques. Ils redoutent surtout une instrumentalisation de ces données à des fins hostiles envers les populations recensées. « Ces listes et ces cartes peuvent devenir des outils pour ceux qui voudraient passer à l’acte », alerte la parlementaire.
La méthodologie du site, qui se présente comme neutre, est également mise en cause. Certains indicateurs, rebaptisés selon les versions consultées, mélangent des données officielles avec des interprétations idéologiques marquées. Le créateur de la plateforme, se présentant sous le pseudonyme de Rémi Gration, affirme vouloir illustrer des « corrélations » statistiques tout en niant tout lien partisan. Il promet d’ajouter prochainement à sa cartographie les commerces de restauration de type kebab.
Outre les données démographiques, le site intègre des informations sur la couleur politique des maires, les prix immobiliers et des statistiques sur la criminalité. Ses sources médiatiques se limitent principalement à des publications d’extrême droite, et il s’appuie sur des études controversées, dont certaines émanent d’instituts aux orientations racialistes.
Face aux critiques, l’auteur du site invoque son droit à l’anonymat pour se protéger du « harcèlement », tout en maintenant la ligne éditoriale de sa plateforme. Les mentions de précaution ajoutées aux données sont jugées insuffisantes par ses opposants, qui y voient une tentative de légitimation d’un discours biaisé.
Alors que la campagne municipale commence à se dessiner, cette affaire soulève des questions fondamentales sur les limites de la liberté d’expression en ligne, la protection des données personnelles et la responsabilité des créateurs de contenus numériques dans le débat démocratique.