La tension entre la maire de Paris et une frange du monde agricole a pris une tournure symbolique. Une semaine après avoir été vivement critiqués par Anne Hidalgo pour avoir abattu un arbre lors d’une manifestation, des membres de la Coordination rurale du Périgord ont fait parvenir à l’édile un courrier accompagné d’un plant de noyer.
L’incident remonte à une mobilisation d’agriculteurs dans le XVIe arrondissement, où un feuillu avait été tronçonné. Cet acte, présenté par les manifestants comme une réponse symbolique à l’abattage des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire et à l’accord de libre-échange avec le Mercosur, avait suscité une réaction ferme de la part de la maire de Paris. Sur les réseaux sociaux, Anne Hidalgo avait exprimé sa consternation, affirmant que « la colère et le droit de manifester n’autorisent pas un tel acte » et rappelant que « la nature a ses droits ».
La réponse des agriculteurs, expédiée ce jeudi, se veut à la fois une explication et une pique. Dans leur lettre, ils estiment que la maire a « fait toute une comédie » d’un seul arbre, alors que les éleveurs sont contraints d’abattre leurs bêtes « par dizaines ». Le texte, au ton acéré, suggère que le sort des paysans semble toucher moins que « celui d’un pauvre marronnier parisien », et assure que l’arbre abattu était de toute façon « malade » et destiné à être coupé.
Le cadeau joint n’est pas anodin : un plant de noyer, présenté comme un arbre « emblématique du Périgord ». Les agriculteurs précisent qu’il est censé « remplacer » le sujet abattu, tout en soulignant que cette essence est elle-même confrontée à des arrachages en raison des graves difficultés économiques de la filière. Le courrier ajoute une pointe d’ironie temporelle en notant qu’un noyer met « environ six ans avant de donner des fruits », laissant ainsi entendre que c’est le successeur de l’actuelle maire qui en récoltera les fruits.
Selon des sources proches de l’entourage d’Anne Hidalgo, ce courrier a été perçu comme « clairement pas diplomatique et quasiment insultant ». Le cabinet de la maire n’a pas officiellement répondu à cette missive, qui relance le débat sur les modes d’expression de la colère sociale et la perception différente des enjeux entre milieu urbain et monde agricole.