Jacques Moretti, le gérant du bar Le Constellation à Crans-Montana, a retrouvé la liberté vendredi après avoir passé quatorze jours en détention provisoire. Cette décision judiciaire, intervenue dans le cadre de l’enquête sur l’incendie meurtrier de la nuit du Nouvel An, a provoqué une onde de choc parmi les familles des victimes et suscité des réactions diplomatiques.
Le Tribunal des mesures de contrainte du Valais a motivé cette libération par l’absence, selon lui, de risques avérés de fuite ou de collusion. Le principe directeur de la procédure pénale suisse, a-t-il rappelé, privilégie la liberté des prévenus dans l’attente de leur jugement. La détention préventive subie jusqu’alors par l’intéressé n’avait pas, selon la juridiction, un caractère punitif.
Pour obtenir sa mise en liberté, Jacques Moretti a dû se soumettre à un contrôle judiciaire strict et fournir une caution de 200 000 francs suisses, versée par un ami proche. Il lui est interdit de quitter le territoire helvétique, il a dû remettre ses papiers d’identité et doit se présenter quotidiennement à un poste de police.
Cette issue a été vécue comme une gifle par les proches des quarante personnes décédées et des 116 blessés. Les avocats des familles dénoncent unanimement une décision incompréhensible, pointant du doigt les risques persistants de disparition de preuves et de collusion, notamment entre les époux Moretti. Pour eux, la gravité exceptionnelle des faits – des homicides, lésions corporelles et incendie par négligence sont notamment envisagés – commandait un maintien en détention.
L’émotion a dépassé les frontières suisses. Le gouvernement italien, dont six ressortissants ont péri dans la tragédie, a rappelé son ambassadeur en Suisse pour protester officiellement contre cette décision, qualifiée de « blessure » infligée aux familles.
Alors que l’enquête se poursuit – les époux Moretti ont été longuement entendus cette semaine sur le fond du dossier –, soixante-dix victimes restent hospitalisées, en Suisse et dans plusieurs pays européens. La libération du gérant du bar, perçue comme un affront par beaucoup, ajoute une couche de douleur à un drame dont les plaies sont encore vives.