accueil SociétéLa Réunion tourne une page historique avec la reconnaissance officielle des enfants déracinés

La Réunion tourne une page historique avec la reconnaissance officielle des enfants déracinés

par Lionel Feuerstein
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L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, ce mercredi, une loi majeure visant à reconnaître et à réparer les préjudices subis par plus de deux mille enfants réunionnais contraints de quitter leur île entre les années 1960 et 1980. Le vote, empreint d’une émotion palpable, marque une étape cruciale dans la longue quête de justice de ces victimes.

Sous le regard d’une assistance composée de nombreux concernés, la députée Karine Lebon a présenté le texte, la voix chargée d’émotion. « Nous ne pouvons pas leur rendre leur enfance, mais nous avons le devoir d’affronter notre histoire », a-t-elle déclaré devant ses collègues. La proposition de loi institue plusieurs mesures symboliques et concrètes, dont la création d’une commission pour la mémoire, l’établissement d’une journée nationale d’hommage fixée au 18 février, et l’ouverture d’un droit à une indemnisation financière.

Cette politique étatique, menée officiellement pour répondre à des défis démographiques et repeupler des zones rurales de l’Hexagone, a conduit au déplacement forcé de 2 015 mineurs. Promis à un avenir radieux, ces enfants ont souvent été confrontés à une réalité brutale : rupture familiale, choc culturel, et pour certains, maltraitances et perte de leur identité.

Le récit de Marie-Germaine Périgogne, présente dans les tribunes, illustre ce drame. Déplacée à l’âge de trois ans, elle a grandi sous une fausse identité, ignorant son véritable nom jusqu’à l’adolescence. « Nous sommes profondément émus. Nous venions entendre ce ‘oui’ qui, enfin, va nous apaiser », a-t-elle confié après l’adoption du texte, soulignant que le parcours se poursuivra désormais au Sénat.

La loi adopte une nouvelle terminologie, parlant de « mineurs de La Réunion transplantés », une appellation plus large que celle d’« enfants de la Creuse », historiquement utilisée mais qui ne reflétait pas l’ampleur nationale du dispositif.

Ce vote législatif fait suite à une première résolution de reconnaissance de la responsabilité de l’État en 2014, et à des mots forts de l’exécutif en 2017. Il représente un pas décisif vers une réparation tant attendue, mêlant reconnaissance officielle et geste concret, pour tourner une page sombre de l’histoire récente sans en effacer la mémoire.

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