accueil Faits diversUn mois après l’incendie meurtrier de Crans-Montana, l’enquête progresse au milieu des tensions et des questions

Un mois après l’incendie meurtrier de Crans-Montana, l’enquête progresse au milieu des tensions et des questions

par Sylvain Tronchet
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Un mois s’est écoulé depuis la nuit tragique du Nouvel An à Crans-Montana, où un violent incendie dans le bar Le Constellation a coûté la vie à quarante personnes et en a blessé grièvement cent seize autres. Alors que des dizaines de victimes demeurent hospitalisées, l’enquête pénale, annoncée comme longue, commence à dessiner les contours d’une soirée de fête devenue cauchemar et à identifier les premières responsabilités.

L’origine du sinistre semble désormais établie. Les conclusions des experts médico-légaux pointent vers des fontaines pyrotechniques, ces bougies étincelantes souvent utilisées comme décorations. Des vidéos filmées par des téléphones portables et des témoignages décrivent des membres du personnel agitant au-dessus de la foule des bouteilles de champagne surmontées de ces dispositifs, dont les étincelles auraient atteint le plafond. Sur place, les enquêteurs ont saisi vingt-cinq de ces fontaines consumées.

Quatre individus sont désormais mis en examen. Au centre du dossier, les propriétaires français de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti, font l’objet de poursuites pour homicide, lésions corporelles et incendie par négligence. Jacques Moretti, brièvement placé en détention provisoire, a été libéré contre une caution substantielle de 200 000 francs suisses, une décision qui a provoqué l’indignation de l’Italie, pays d’origine de nombreuses victimes. Son épouse est soumise à des mesures de contrôle strictes. L’enquête s’est également étendue à deux responsables de la sécurité de la commune, interrogés sur l’absence de contrôle de sécurité incendie dans le bar depuis 2019, alors que celui-ci est requis annuellement.

La ligne de défense des propriétaires, détaillée lors de leurs auditions, consiste à rejeter la responsabilité sur divers acteurs : un employé pour la fermeture d’une issue de secours, un client pour une chaise obstruant un passage, ou encore les autorités locales pour les contrôles manquants. Ils affirment avoir respecté les normes, évoquant des extincteurs visibles et une sortie de secours toujours accessible. Cependant, des éléments contradictoires émergent, comme le témoignage d’un employé contredisant la version de son employeur concernant le verrouillage d’une porte, ou la réduction de la largeur d’un escalier lors de travaux, le rendant difficilement praticable en cas de panique.

L’affaire dépasse désormais le cadre judiciaire suisse pour devenir une source de tension diplomatique. L’Italie, critiquant vivement la gestion de l’enquête et les lacunes de sécurité, a procédé au rappel temporaire de son ambassadeur. Les avocats des victimes dénoncent également des décisions contestables, comme la possibilité laissée aux époux Moretti de communiquer entre eux lors d’une pause pendant leur audition, ou la destruction partielle des images de vidéosurveillance de la ville, potentiellement cruciales.

Sur le front médical, le bilan reste lourd. Soixante-dix blessés sont encore hospitalisés, dont vingt-trois Français, dispersés dans des établissements spécialisés en Suisse et dans plusieurs pays européens. Leur convalescence est souvent longue et douloureuse, nécessitant de multiples interventions chirurgicales et un réapprentissage de la vie avec des séquelles physiques et psychologiques profondes.

En parallèle, les familles des victimes doivent faire face à d’autres difficultés. La Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs alerte sur la complexité d’accéder à une information claire dans ce dossier transfrontalier et sur l’absence à ce jour d’avances sur les indemnités, alors que certains proches ont dû suspendre leur vie professionnelle pour accompagner leurs enfants blessés, parfois à l’étranger. L’association réclame une stratégie indemnitaire coordonnée pour éviter des traitements inéquitables selon les nationalités.

Alors que de nouvelles auditions sont prévues en février, l’enquête cherche à reconstituer minutieusement la chaîne des défaillances qui a conduit à cette catastrophe, dans un climat marqué par la douleur des familles, la méfiance entre pays et la recherche de vérité et de justice.

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