Avec la phase budgétaire désormais quasiment close, l’exécutif s’attelle à démontrer sa capacité d’action. Malgré un calendrier politique déjà saturé par les échéances électorales à venir, le Premier ministre Sébastien Lecornu trace la voie pour plusieurs réformes qu’il juge prioritaires avant le terme du quinquennat.
La première étape consistera en un léger remaniement gouvernemental, rendu nécessaire par le départ annoncé de la ministre de la Culture. Une fois cette étape franchie, l’équipe pourra se concentrer sur des projets législatifs où des compromis parlementaires semblent possibles, malgré l’absence de majorité absolue. La fenêtre d’action est étroite, notamment en raison de la pause parlementaire prévue pour les municipales de mars.
En tête de liste figure le projet de loi sur l’urgence agricole. Attendue pour le mois de mars en Conseil des ministres, cette législation vise à répondre aux tensions récentes dans le secteur. Elle abordera des thèmes sensibles comme la gestion de l’eau, la protection des troupeaux contre les prédateurs et la souveraineté productive. Son examen est programmé avant l’été, dans un timing qui suit de près le Salon International de l’Agriculture, traditionnel moment de fortes expressions syndicales.
Deux autres chantiers ont été directement assignés par le Président de la République. Le premier concerne la Défense, avec une révision à la hausse de la loi de programmation militaire prévue d’ici à 2026, impliquant un effort financier supplémentaire de plusieurs milliards. Le Parlement sera saisi pour un vote sur cet engagement. Le second porte sur la lutte renforcée contre les trafics de stupéfiants, avec la demande d’un plan d’action « massif » pour les douanes dans les ports et aéroports, dont les contours doivent être rendus publics sous un mois.
Parallèlement, l’horloge politique impose de conclure des dossiers sociétaux majeurs. Celui sur la fin de vie, actuellement en navette parlementaire entre l’Assemblée nationale et le Sénat, vise une adoption définitive avant la période estivale. Il combine des dispositions sur le développement des soins palliatifs et l’encadrement d’une aide active à mourir sous conditions strictes.
La situation en Nouvelle-Calédonie représente un autre dossier sensible et urgent. Un accord politique récent a fixé la tenue des élections provinciales avant fin 2026. Pour respecter cet engagement, le gouvernement doit faire adopter une révision constitutionnelle modifiant le corps électoral, un processus parlementaire complexe qui débutera au Sénat fin février et devra être validé par un vote du Congrès, avant une ultime consultation des électeurs calédoniens potentiellement cet été.
Le logement, qualifié de « grande urgence » par le chef du gouvernement, constitue une autre priorité affichée. L’objectif est la construction de deux millions de logements d’ici 2030, dont une part significative de logements sociaux dès 2026.
Enfin, la promesse d’un « grand acte de décentralisation » demeure à l’agenda. Bien que l’idée d’une suppression radicale d’un échelon territorial ait été écartée, un texte substantiel est toujours annoncé, son examen au Sénat étant théoriquement prévu avant les municipales. Sa trajectoire reste cependant tributaire de l’encombrement du calendrier parlementaire et des impératifs des dossiers plus pressants.
La capacité de l’exécutif à mener à bien ce programme chargé, dans un contexte politique minoritaire et tendu, constituera un test majeur de sa gouvernance dans la dernière ligne droite du mandat.