La découverte est de taille pour l’eurodéputé Raphaël Glucksmann. Alors qu’il se prêtait au jeu d’un documentaire familial, il a apprit l’histoire méconnue de son grand-père paternel, Rubin Glucksmann, un agent opérant pour le compte de l’Union soviétique.
Interrogé face à un pseudonyme, « Reuven Gidoni », l’élu a reconnu le nom sans en connaître les détails. « Je savais qu’il y avait un agent dans la famille, mais c’est tout », aurait-il confié, évoquant un silence familial lié au fait que son père, le philosophe André Glucksmann, fut orphelin très jeune.
Les recherches, menées notamment par un historien allemand à partir d’archives du contre-espionnage britannique, ont permis de retracer le parcours de cet homme né en 1899 dans l’empire Austro-hongrois. Jeune militant à la croisée des mondes marxiste et sioniste, Rubin Glucksmann émigre en Palestine. C’est là qu’il est recruté par le Komintern stalinien, séduit par ses talents de polyglotte, pour servir comme espion.
Sous couverture, il voyage à travers l’Europe, avec pour mission, selon les sources historiques, de « porter la révolution » et de soutenir financièrement les réseaux soviétiques, notamment via la gestion d’une entreprise de fourrure. Son activité l’amène à participer à des transferts d’armes clandestins pour les républicains espagnols.
Son histoire prend un tour tragique en 1940. Dénoncé, il est déporté comme prisonnier vers le Canada. Le navire qui le transporte est torpillé par la marine allemande, le faisant disparaître en mer alors que son fils André n’a que trois ans.
Ironie de l’histoire, André Glucksmann, puis son petit-fils Raphaël, se sont ensuite illustrés par une critique farouche des régimes totalitaires, en particulier soviétiques. Cette révélation jette une lumière nouvelle sur les racines familiales complexes d’une figure politique dont l’avenir national est scruté.