Des témoignages glaçants émergent des couloirs d’établissements scolaires catholiques. Un collectif d’anciens élèves, aujourd’hui âgés de 50 à 70 ans, brise un silence de plusieurs décennies pour révéler un système de violences physiques et sexuelles qui aurait sévi au sein du réseau lasallien entre les années 1950 et 1980.
Les récits, rassemblés par des victimes, décrivent un climat de terreur institutionnalisé. Les accusations portent sur des sévices graves, allant de brimades et d’humiliations répétées à des agressions sexuelles et des viols, perpétrés par des membres de la congrégation religieuse ou par des enseignants laïcs. La plupart des auteurs présumés sont aujourd’hui décédés, rendant toute poursuite pénale impossible en raison de la prescription des faits.
Parmi les témoignages les plus frappants, un homme de 73 ans, cofondateur du groupe, se souvient de son passage dans une école de Rouen. Il affirme avoir été, enfant, ligoté, menacé avec des couteaux et suspendu par les pieds par des adultes censés veiller sur son éducation. « Cela a bousillé ma vie », confie-t-il, évoquant des séquelles indélébiles. Un autre ancien élève, souhaitant garder l’anonymat, rapporte des attouchements et des violences subis dans un établissement des Yvelines pendant près de dix ans.
Face à ces révélations, la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes, dite lasallienne, indique avoir pris des mesures. Depuis 2014, une cellule d’écoute a été mise en place, ayant enregistré plusieurs dizaines de saisines. La majorité a donné lieu à une indemnisation financière, pour un montant total approchant les 2,5 millions d’euros, suivant les recommandations d’une commission ecclésiale. L’institution précise également avoir effectué trois signalements à la justice pour des faits impliquant des suspects toujours en vie.
Cependant, les victimes estiment que ces actions restent insuffisantes. Le collectif exige une reconnaissance officielle de la responsabilité de la congrégation dans ce qu’il qualifie de violences « systémiques ». Il réclame surtout la création d’un fonds de réparation d’envergure, évalué à 100 millions d’euros, et lance un appel à témoignages pour que toute la lumière soit faite sur ce pan sombre de l’histoire de ces établissements.