accueil SociétéLa tolérance à la torture progresse en France, révélant un inquiétant basculement des mentalités

La tolérance à la torture progresse en France, révélant un inquiétant basculement des mentalités

par Lionel Feuerstein
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Une part significative de la population française admet désormais une forme d’acceptation du recours à la torture dans des circonstances extrêmes. Selon une récente étude, plus d’un tiers des citoyens jugent cette pratique tolérable dans certains cas d’exception, un chiffre qui marque une progression sensible au cours de la dernière décennie.

Cette enquête, réalisée pour une organisation de défense des droits humains, met en lumière une évolution préoccupante des opinions. Alors que seule un quart de la population se montrait conciliante avec cette pratique il y a plus de vingt ans, cette proportion a grimpé pour atteindre aujourd’hui près de quatre personnes sur dix. Les analystes pointent un contexte de peurs collectives et un débat public souvent focalisé sur la sécurité nationale comme facteurs explicatifs de ce changement.

Le clivage politique apparaît particulièrement net sur cette question brûlante. L’étude révèle un fossé profond entre les sympathisants de la gauche, qui restent massivement opposés à la torture, et ceux des courants d’extrême droite, parmi lesquels cette opposition devient minoritaire. Cette fracture illustre des visions radicalement différentes de l’État de droit et des limites éthiques de l’action publique.

Fait notable, cette tolérance croissante s’ancre dans une croyance persistante, bien que scientifiquement infondée, en l’efficacité de ces méthodes. Ainsi, un Français sur deux estime que la torture pourrait empêcher un acte terroriste, et plus de la moitié pense qu’elle permet d’obtenir des aveux. Ces perceptions perdurent en dépit de preuves empiriques démontrant le contraire et l’extrême faiblesse des informations obtenues sous la contrainte.

Le sondage explore également des scénarios concrets, mettant en évidence une forme de dissonance cognitive. Une écrasante majorité reconnaît sans ambages qu’infliger des décharges électriques à un suspect constitue un acte de torture. Pourtant, dans un cas hypothétique impliquant une bombe sur le point d’exploser, près de six personnes sur dix trouveraient cette action justifiée. Parallèlement, la conviction que des actes de torture ont été pratiqués par les forces de l’ordre en France reste répandue, même si elle régresse par rapport aux années passées.

Cette enquête, conduite auprès d’un échantillon représentatif de la population adulte, dresse le portrait d’une société tiraillée entre ses principes humanistes et ses angoisses sécuritaires, où la fin semble, pour une part croissante de ses membres, justifier des moyens longtemps considérés comme absolument inacceptables.

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