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Limoges : Le détournement d’un congé menstruel met en lumière les défis de sa mise en œuvre

par Lionel Feuerstein
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À Limoges, une expérience universitaire visant à mieux prendre en compte la santé des étudiantes a connu un détournement inattendu. Dans une école d’ingénieurs, une cinquantaine d’étudiants de sexe masculin auraient utilisé le dispositif de congé menstruel pour s’absenter de cours obligatoires, selon des informations recueillies au sein de l’institution.

Mis en place à l’automne 2025, ce congé permettait aux étudiantes souffrant de règles douloureuses de s’absenter jusqu’à dix jours par an sans justification médicale. Soucieuse d’inclusion, notamment pour les personnes en transition de genre, l’université avait initialement ouvert ce droit à l’ensemble des étudiants, sur la base d’un système déclaratif fondé sur la confiance.

Cependant, les chiffres des trois premiers mois ont révélé une utilisation problématique. Une source interne évoque une centaine de jours d’absence injustifiés, pointant une « faille » dans un règlement par ailleurs très strict sur l’assiduité. Des membres du corps enseignant ont exprimé leur désapprobation, qualifiant ces abus d’actes « irrespectueux » envers les personnes directement concernées par les douleurs menstruelles.

Face à cette situation, la direction a réagi. Un courrier a été diffusé à tous les étudiants pour rappeler sans ambiguïté la finalité du dispositif : il s’agit d’un « congé menstruel et non mensuel », réservé aux « personnes menstruées ». Le message précise que toute utilisation frauduleuse pourra désormais donner lieu à des sanctions académiques. L’objectif est de préserver l’esprit initial de cette mesure sans décourager ou pénaliser les étudiantes qui en ont véritablement besoin.

Ce cas local s’inscrit dans un débat plus large sur la reconnaissance des douleurs liées aux règles. De nombreuses universités françaises réfléchissent ou ont adopté des mesures similaires, avec des modalités diverses. L’Espagne a, quant à elle, instauré un congé menstruel national dès 2023. En France, certaines initiatives font encore l’objet de contentieux administratifs.

Les besoins sont pourtant bien réels. Une vaste étude scientifique publiée en 2023 montrait que neuf femmes sur dix ressentent des douleurs pendant leurs règles, et que pour 40 % d’entre elles, ces douleurs sont d’intensité modérée à sévère. L’épisode limougeaud illustre ainsi la difficulté de concilier une nécessaire flexibilité, pour répondre à un enjeu de santé concret, avec la prévention des abus dans un cadre collectif.

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