accueil SociétéUne veuve en quête de justice après le suicide d’une enseignante harcelée

Une veuve en quête de justice après le suicide d’une enseignante harcelée

par Lionel Feuerstein
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La reconnaissance d’une « défaillance institutionnelle » par le ministère de l’Éducation nationale ne suffit pas à apaiser la douleur et la colère. Christine Grandjean-Paccoud, veuve de Caroline Grandjean, une directrice d’école qui s’est suicidée en septembre 2025, exprime un sentiment mitigé. Si elle accueille les conclusions d’une enquête administrative pointant des manquements dans le soutien apporté à son épouse, elle déplore amèrement que les responsabilités individuelles ne soient pas clairement établies.

« C’est une satisfaction que l’institution admette ses failles, mais derrière ces failles, il y a des personnes. Elles doivent être identifiées et tenues pour comptables », insiste-t-elle. L’enseignante de 42 ans, en poste dans le petit village de Moussages (Cantal), était depuis 2023 la cible d’une campagne de harcèlement homophobe, incluant des inscriptions haineuses sur les murs de son école.

Malgré des signalements syndicaux alertant sur son extrême détresse, et le fait qu’elle « jouait avec la vie d’un agent », selon les termes de sa veuve, aucune action décisive n’aurait été engagée à temps. L’enquête administrative relève notamment « des décisions administratives vécues comme des injustices », comme le refus d’une bonification de points liée à sa reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) pour faciliter une mutation.

Pour Christine Grandjean-Paccoud, ce refus a été un coup dur supplémentaire. « Cela aurait été une forme de reconnaissance de sa situation », estime-t-elle. Aujourd’hui, son combat se poursuit sur le terrain judiciaire. Une plainte pour harcèlement a été déposée contre l’Éducation nationale et le maire de Moussages. « Mon avocat fera le reste au pénal. Je me bats pour Caroline, elle me donne la force. Je l’ai vue se détruire, rongée par l’injustice, qu’elle détestait par-dessus tout », confie-t-elle.

Le drame avait profondément ému la communauté éducative. Caroline Grandjean s’est donné la mort le jour même de la rentrée scolaire 2025, après avoir été mise en arrêt maladie. Une enquête préliminaire ouverte après la découverte des tags homophobes avait été classée sans suite au printemps 2025 « en l’absence de faits nouveaux ». L’enseignante, bien que s’étant vu proposer un poste à proximité, n’avait pas pu reprendre le travail.

Ce cas tragique relance le débat sur le soutien aux personnels victimes de harcèlement et sur les mécanismes de protection au sein de l’institution scolaire, alors que la veuve appelle à ce que la vérité judiciaire complète désormais la vérité administrative.

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