Plus de sept ans après les faits, neuf CRS comparaissent enfin devant la justice. Leur procès, qui s’ouvre ce lundi à Paris, concerne des violences commises contre des manifestants réfugiés dans un fast-food de la capitale, un épisode marquant des mobilisations des « gilets jaunes ».
Le 1er décembre 2018, alors que des tensions secouent Paris, plusieurs dizaines de personnes, asphyxiées par des gaz lacrymogènes, se sont engouffrées dans un restaurant Burger King pour se mettre à l’abri. Peu après, une unité de CRS fait irruption sur les lieux. Les images, issues de vidéosurveillance et de journalistes présents, ont montré des fonctionnaires frappant à de multiples reprises des individus au sol, dont une jeune femme et un reporter.
« Je croyais cette affaire enterrée », confie l’une des victimes, encore marquée par ce qu’elle qualifie de « traumatisme à vie ». Elle a reçu une convocation en fin d’année dernière, un courrier qui a réveillé l’espoir d’une forme de justice. Les neuf policiers sont poursuivis pour « violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique », un délit passible de sept ans d’emprisonnement.
L’enquête, menée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), a été particulièrement longue. L’identification des prévenus a nécessité près de quatre ans, un délai que les avocats des parties civiles attribuent en partie à une réticence des autorités policières à collaborer. « Leur hiérarchie les a protégés », affirme l’un des conseils, dénonçant une forme d’impunité.
Au fil des auditions, la plupart des CRS mis en cause ont fini par se reconnaître sur les vidéos. Certains ont même exprimé des regrets, évoquant un « défaut de lucidité » ou qualifiant cette intervention de « honte » de leur carrière. Les enquêteurs ont établi qu’à aucun moment les manifestants, visiblement en détresse respiratoire, ne s’étaient montrés agressifs envers les forces de l’ordre.
Ce procès intervient après une instruction judiciaire dont la lenteur est pointée du doigt. Le ministère de la Justice reconnaît des « délais insatisfaisants », tandis que des magistrats évoquent des difficultés logistiques pour planifier des audiences avec de nombreux prévenus. Pour les victimes, cette attente interminable a été une épreuve supplémentaire, nourrissant le sentiment d’une justice à deux vitesses.
Alors que le procès s’ouvre, les victimes espèrent que la vérité judiciaire pourra enfin émerger, plus de sept ans après une soirée qui a laissé des séquelles durables.