L’ancien ministre français Jack Lang a présenté sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe, une décision acceptée par le Quai d’Orsay. Cette démarche fait suite à la publication massive de documents judiciaires américains liés à l’affaire Jeffrey Epstein, où le nom de l’homme politique apparaît à de nombreuses reprises.
Les archives, divulguées progressivement par la justice des États-Unis, éclairent les relations entretenues par le financier américain, reconnu coupable de trafic sexuel, et diverses personnalités internationales. Le nom de Jack Lang y est cité plus de six cents fois, soulevant des questions sur la nature et la durée de leurs échanges.
Il est crucial de noter que ces mentions ne constituent en aucun cas une accusation d’actes criminels de la part de l’ancien ministre. Elles reflètent souvent des références à son nom dans des conversations tierces ou dans des agendas. Cependant, une correspondance épistolaire étendue, couvrant la majeure partie de la dernière décennie, atteste d’une relation suivie entre les deux hommes. Cette relation a perduré bien après la première condamnation d’Epstein en 2008 pour sollicitation de prostitution mineure.
Les emails révèlent des interactions cordiales, incluant des invitations à des événements culturels et des demandes de services. Jack Lang a notamment sollicité l’usage d’un véhicule appartenant à Epstein pour un dîner en 2017. Par ailleurs, il a bénéficié à plusieurs reprises du jet privé du milliardaire pour des déplacements au Maroc.
Un aspect financier vient complexifier le tableau. En 2018, Jack Lang a fait appel à des contributions pour financer un film biographique sur son parcours. Il a été établi qu’une somme de 57 000 dollars a été versée à cette fin par une société basée dans les îles Vierges, liée à Jeffrey Epstein. Cette transaction avait retenu l’attention des services français de renseignement financier.
L’enquête met également en lumière les activités d’une société offshore, Prytanee LLC, créée en 2016 pour investir dans l’art et dont les comptes détenaient près d’un million et demi de dollars. Si la fille de Jack Lang, Caroline, en était la gestionnaire déclarée, les documents évoquent des liens avec « la famille Lang ». Caroline Lang affirme que son père n’était pas informé de son implication dans les statuts de la société, une version que ce dernier confirme.
Interrogé sur la nature de leur lien, Jack Lang a décrit une relation de « cordialité », niant toute amitié profonde. Il affirme avoir été un fréquentateur assidu de la vie mondaine, attiré par « l’inattendu », et soutient n’avoir eu aucune connaissance des crimes ultérieurs d’Epstein. Leur dernier contact remonte à une rencontre au Louvre début 2019, quelques mois seulement avant l’arrestation finale du financier.
Face à la pression médiatique et à l’ouverture d’une enquête du Parquet national financier, la démission de Jack Lang marque un tournant dans une affaire qui continue d’interroger sur les frontières entre les mondes du pouvoir, de la culture et les réseaux d’influence les plus opaques.