accueil Faits diversNeuf policiers devant la justice pour une charge controversée lors d’un refuge de manifestants

Neuf policiers devant la justice pour une charge controversée lors d’un refuge de manifestants

par Sylvain Tronchet
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Un procès aux allures de retour vers un passé tumultueux s’est ouvert ce lundi. Neuf membres d’une compagnie de CRS comparaissent pour des faits de violences sur des manifestants, survenus en marge d’une mobilisation des « Gilets jaunes » à Paris en décembre 2018. L’affaire, qui plonge la justice dans le vif des tensions de l’époque, concerne une intervention musclée dans un fast-food où des protestataires s’étaient réfugiés.

Les faits remontent au soir du 1er décembre 2018. Alors que des heurts émaillaient la manifestation près de l’Arc de Triomphe, une cinquantaine de personnes, cherchant à échapper aux gaz lacrymogènes, se sont introduites dans un restaurant Burger King situé sur les Champs-Élysées. Les images de vidéosurveillance, présentées à l’audience, montrent un groupe en quête de répit, sans acte de vandalisme notable à l’exception de la prise d’une bouteille d’eau pour se rincer les yeux.

C’est dans ce contexte qu’une unité de CRS a reçu l’ordre de procéder à l’évacuation des lieux. L’intervention, d’une brutalité saisissante, n’aura duré que quelques minutes. Le parquet évoque des coups de matraque portés de manière répétée sur des individus qui ne résistaient pas, dont un jeune homme qui aurait reçu 27 impacts. Des coups de pied auraient également été distribués. « J’ai l’impression qu’ils se vengent sur nous », a témoigné l’une des victimes, Manon Retourne, évoquant un sentiment d’injustice et de traumatisme persistant.

À la barre, les fonctionnaires de police, initialement venus en uniforme avant que le tribunal ne leur demande de se changer, ont défendu leur action. Ils ont décrit une journée d’une extrême violence, les plaçant, selon leurs dires, dans une situation de quasi-insurrection. « Nous étions face à un millier de manifestants, sans relève pendant quatorze heures. Nous étions à bout », a expliqué leur avocat, Me Laurent-Franck Liénard, insistant sur l’épuisement et le sentiment d’abandon des forces de l’ordre ce jour-là. Le brigadier-chef a quant à lui affirmé avoir agi avec « la certitude que ces gens étaient des casseurs ».

À l’inverse, les avocats des parties civiles ont dénoncé une violence disproportionnée et préméditée, voyant dans l’apparition initiale en uniforme un symbole problématique. « C’était stratégique, une volonté de montrer que les policiers ne sont pas des justiciables comme les autres », a estimé Me Arié Alimi.

Les neuf prévenus risquent des peines allant jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Ce procès, au-delà des faits précis qui y sont jugés, résonne comme un nouvel examen judiciaire des méthodes employées pendant la crise des « Gilets jaunes », confrontant une nouvelle fois la défense du maintien de l’ordre aux récits de violences policières.

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