accueil Faits diversProcès en appel pour harcèlement scolaire : 18 mois avec sursis requis contre une enseignante après le suicide d’une collégienne

Procès en appel pour harcèlement scolaire : 18 mois avec sursis requis contre une enseignante après le suicide d’une collégienne

par Sylvain Tronchet
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L’audience a été tendue, ce lundi 9 février, devant la cour d’appel de Versailles. L’avocate générale a demandé la condamnation d’une professeure de français de 63 ans, aujourd’hui à la retraite, à 18 mois d’emprisonnement avec sursis et à une interdiction définitive d’exercer. Elle est rejugée pour harcèlement moral après le suicide d’Evaëlle, une élève de 11 ans, survenu en juin 2019.

Lors de son réquisitoire, la magistrate a dénoncé des méthodes pédagogiques qui auraient « franchi la ligne rouge », créant un climat d’humiliation et de stigmatisation pour certains élèves, dont la jeune victime. Elle a évoqué la dégradation progressive des conditions de vie scolaire de l’adolescente, confrontée selon l’accusation à des brimades de camarades mais aussi à l’attitude répétée de son enseignante.

L’affaire remonte à l’entrée d’Evaëlle en sixième dans un collège du Val-d’Oise. Déjà vulnérable après avoir subi des moqueries à l’école primaire, la jeune fille aurait rapidement été prise dans un engrenage. Le point culminant d’une série d’incidents serait survenu un jour où la professeure aurait demandé à toute la classe de réfléchir à une question ciblant directement l’élève : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? ». La collégienne serait rentrée chez elle ce soir-là en état de choc, qualifiant cette journée de « pire » de sa vie.

Face à ces accusations, l’enseignante a maintenu sa défense avec calme. Vêtue d’un tailleur pantalon, elle a affirmé n’avoir jamais eu d’intention hostile. « Il m’arrivait de répondre sèchement, mais je n’ai jamais ciblé un élève en particulier. Mon intention n’était pas de la mettre en difficulté mais de l’aider », a-t-elle déclaré à la barre.

Ces arguments n’ont pas convaincu la famille. La mère d’Evaëlle est intervenue d’une voix empreinte d’émotion pour implorer les juges. « À l’école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. À la place, elle a rencontré l’humiliation, l’isolement. Un jour, ce poids est devenu trop lourd », a-t-elle témoigné.

Ce procès en appel fait suite à une première décision de justice. Au printemps 2025, le tribunal correctionnel de Pontoise avait relaxé l’enseignante, estimant que les éléments à charge étaient trop indirects et pouvaient relever de l’exercice légitime de l’autorité professorale. Le parquet, qui avait déjà requis une peine similaire, avait immédiatement interjeté appel.

L’enquête a mis en lumière un décalage entre l’image administrative d’une « professeure expérimentée, sérieuse et dynamique » et le portrait dressé par de nombreux élèves entendus. La majorité d’entre eux aurait confirmé qu’Evaëlle était une cible récurrente dans cette classe.

La cour d’appel doit maintenant délibérer. Son verdict est attendu dans un contexte de sensibilité accrue autour des questions de harcèlement scolaire et de la responsabilité des adultes au sein des établissements.

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