Un procès historique s’ouvre ce mardi devant le tribunal pour enfants de Paris, mettant en lumière une évolution troublante des méthodes du crime organisé. Un adolescent, âgé de seulement quatorze ans au moment des faits, comparaît pour l’assassinat d’un chauffeur de véhicule de transport avec chauffeur (VTC). Il était, selon l’accusation, sous les ordres de trafiquants de drogue basés à Marseille.
Ce dossier marque une première judiciaire : il concerne un mineur recruté comme exécutant via les réseaux sociaux, en l’occurrence Snapchat, par des réseaux criminels. Le jeune homme, que la justice désigne sous l’initiale P. et que la presse a surnommé « Pépito », est jugé à huis clos pour « homicide volontaire en bande organisée ». Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), récemment mis en place, exercera les réquisitions, une première également.
Les faits remontent au 4 octobre 2024. L’adolescent, recruté en ligne avec la promesse de 30 000 euros, avait été hébergé dans un hôtel marseillais où des complices lui avaient fourni une arme. Sa mission : éliminer un rival d’un groupe de narcotrafiquants. Pour se rendre sur les lieux, il avait commandé une course via une application. C’est au cours de ce trajet qu’une altercation, dont les motifs précis restent obscurs, a éclaté avec le conducteur. Le mineur a alors abattu le chauffeur d’une balle dans la tête.
La victime, Nessim Ramdane, 36 ans, père de trois enfants et figure du football amateur local, a été retrouvée morte au volant de son véhicule, projeté contre le mur d’une école maternelle. L’enquête a révélé que le jeune suspect, placé en foyer depuis l’enfance dans un contexte familial marqué par la délinquance liée aux stupéfiants, avait évoqué quelques mois plus tôt son désir de devenir « tueur à gages » auprès de ses éducateurs.
L’épouse de la victime, Mélanie Giacomi, a exprimé son attente douloureuse de ce procès. « J’ai besoin de voir ce mineur qui a ôté la vie à Nessim, non pas par haine, mais pour lui dire le mal irréparable qu’il a causé », a-t-elle déclaré, soulignant le traumatisme subi par sa famille. Son avocate, Me Anne Santana-Marc, espère percevoir lors de l’audience « une étincelle d’empathie » chez l’adolescent, tout en reconnaissant que la vérité complète sur ce drame restera probablement inaccessible.
Ce procès n’est que la partie émergée d’un phénomène en expansion. Les autorités judiciaires alertent sur le recrutement croissant de mineurs par le grand banditisme marseillais, une tendance qui se traduit par une hausse significative de l’activité du tribunal pour enfants local. D’autres affaires similaires, comme la mort tragique d’une jeune étudiante victime d’une balle perdue lors d’un règlement de comptes en 2023, doivent prochainement être jugées.
Face à cette dérive, la procureure nationale anticriminalité organisée, Vanessa Perrée, a appelé à intensifier les campagnes de prévention. « Il faut que les adolescents arrêtent de croire que rentrer dans des groupes criminels, c’est comme dans une série télévisée », a-t-elle insisté, mettant en garde contre la réalité brutale et définitive de cet engagement. Le verdict dans cette affaire emblématique est attendu jeudi. Le mineur encourt jusqu’à vingt ans de réclusion.