Lors de l’annonce du nom du futur porte-avions destiné à succéder au Charles de Gaulle, le président Emmanuel Macron a involontairement heurté une règle linguistique bien établie. En lançant un « Vive le France Libre », le chef de l’État a employé un article masculin là où la tradition navale militaire française exige le féminin.
L’Académie française, sollicitée sur ce point, a confirmé la norme en vigueur. Elle s’appuie sur les règles typographiques de l’Imprimerie nationale, qui stipulent que pour les bâtiments de la Marine nationale, l’article s’accorde avec le genre du nom propre qui suit. Ainsi, conformément à des circulaires ministérielles datant de 1934 et 1955, le futur bâtiment devrait être désigné sous le nom de « la France libre », sur le modèle de « la Somme » ou de « la Jeanne d’Arc ».
Cette convention distingue la marine militaire de la marine marchande, où l’usage est d’accorder l’article avec le type de navire, comme ce fut le cas pour « le France », le célèbre paquebot.
Si l’erreur est avérée, les spécialistes la relativisent. L’Imprimerie nationale reconnaît elle-même des exceptions consacrées par l’usage. Des historiens rappellent que la langue évolue et que des précédents existent. La polémique n’est donc pas de taille à faire tanguer le nouveau fleuron de la marine, dont la mise en service est prévue pour 2038. Elle souligne néanmoins la persistance de subtilités linguistiques qui traversent les décennies, jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.