L’Académie française a discrètement rappelé une règle de langue après l’annonce du nom du futur porte-avions par le président de la République. Alors qu’Emmanuel Macron a lancé un « Vive le France Libre » lors de la présentation du bâtiment à Nantes, les gardiens de la langue française indiquent que la tradition navale militaire exigerait plutôt « la France libre ».
Selon l’institution, qui s’appuie sur les règles typographiques de l’Imprimerie nationale, l’article précédant le nom d’un navire de guerre doit s’accorder avec le genre de ce nom propre. Ainsi, on a toujours parlé de « la Jeanne d’Arc » pour le croiseur porte-hélicoptères, ou de « la Somme » pour le ravitailleur. Cette convention, établie par des circulaires ministérielles dans les années 1930 et 1950, distingue la marine militaire de la marine marchande, où l’on dit « le France » pour un paquebot, en accord avec le genre du type de navire.
Les spécialistes notent que l’usage peut parfois infléchir la règle. Un historien maritime rappelle qu’un débat similaire avait entouré le célèbre paquebot France il y a plusieurs décennies. La petite liberté prise par le chef de l’État n’est donc pas considérée comme une faute grave, mais plutôt comme un écart par rapport à une norme établie.
Des documents historiques, comme une circulaire de 1934, précisent le protocole : l’article est obligatoire lorsque le nom du navire est cité seul, comme dans « la Provence ». Il devient partie intégrante du nom officiel lorsqu’il y figure dès l’origine, donnant par exemple « le contre-torpilleur Le Fantasque ».
Le futur bâtiment, qui doit entrer en service en 2038 pour succéder au Charles de Gaulle, portera donc officiellement le nom de « France libre ». Reste à savoir si la pratique orale suivra la règle académique ou l’usage présidentiel.