Home Une enquête policière sur un viol à Nice émaillée de questions « inadmissibles » selon la Défenseure des droits

Une enquête policière sur un viol à Nice émaillée de questions « inadmissibles » selon la Défenseure des droits

by Fabien Jannic-Cherbonnel
0 comments

La Défenseure des droits, Claire Hédon, a officiellement interpellé le ministre de l’Intérieur à la suite de graves dysfonctionnements constatés lors du dépôt d’une plainte pour viol dans un commissariat de Nice début 2022. Les faits, qui viennent d’être rendus publics, mettent en lumière des pratiques d’audience jugées profondément inadaptées et choquantes.

Une jeune femme s’était présentée pour dénoncer une agression sexuelle qu’elle aurait subie de la part d’un ancien partenaire au sein de sa résidence universitaire. Le compte-rendu de son audition révèle une série d’interrogatoires déplacés de la part d’une policière, pourtant membre d’une unité spécialisée dans les violences intrafamiliales.

Parmi les propos tenus, retranscrits dans la décision de l’institution, figurent des questions sur la résistance physique de la plaignante, mais aussi des interrogations d’une nature particulièrement intrusive et stigmatisante concernant sa sexualité. La policière aurait notamment demandé si la victime était « du genre timide » ou, au contraire, « une petite cochonne » dans l’acte sexuel, et si elle avait éprouvé du plaisir lors des faits dénoncés.

Pour Claire Hédon, ces éléments constituent des « atteintes aux droits » caractérisées. L’enquête menée par son administration conclut à des « questions inadmissibles », véhiculant des « préjugés sexistes » et un « caractère culpabilisant » pour la victime. Elle souligne une « méconnaissance totale du phénomène des violences sexuelles », notamment de l’état de sidération souvent vécu par les survivantes, qui peut les paralyser et les empêcher de se débattre.

La Défenseure des droits estime que l’agente a manqué à ses obligations de réserve, de discernement et d’exemplarité. En conséquence, elle a saisi le ministre de l’Intérieur pour qu’une procédure disciplinaire soit engagée à son encontre.

Au-delà de ce cas individuel, Claire Hédon formule plusieurs recommandations structurelles. Elle appelle à généraliser des formations spécifiques et approfondies pour tous les agents chargés de recueillir la parole des victimes de violences sexuelles. Elle recommande également aux ministères de l’Intérieur et de la Justice d’améliorer l’information donnée aux plaignants sur le suivi de leur dossier, et de réévaluer systématiquement l’utilité et les impacts des confrontations entre victimes et mis en cause dans ce type d’affaires.

Ce dossier relance le débat sur la formation des forces de l’ordre et les protocoles d’accueil des victimes de violences sexuelles, un enjeu crucial pour garantir l’accès effectif à la justice et éviter toute forme de revictimisation institutionnelle.